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Une fois n’est pas coutume, cet article a été conçu sur commande. Il y a deux semaines, nous fêtions notre nation la Belgique. Comme départ, on ne pouvait espérer mieux. Le titre, lui, venait d'ailleurs, d'un ailleurs plus musical "J'aime la vie" mais qui pourrait bien résumer l'esprit belge.
Je parlais de "commande" en voici le lien de l'article et le commentaire qui le demandait « Belgique: toujours pas de gouvernement ».
La question était: « Pourquoi, plus un Etat est petit en taille, plus il court et recherche sa division. Par le plurilinguisme, la décentralisation et le fédéralisme exacerbé (communauté Wallonne, Flamande, Bruxelloise, Germanique)? »
Ma réponse: « Réel paradoxe. Ces particularismes se retrouvent d'ailleurs souvent ailleurs (Corses, Basques, Irlande du Nord, Kurdes...). Il y a une grande différence entre les mots "pays" (territoire d'un état") et "nation" (communauté humaine qui possède une unité historique pour former un peuple). L’un étant coupé à la hache politiquement, l’autre créé par les habitudes et la vie terre à terre des gens. "Nous sommes tous des coproducteurs de nos perceptions" comme disait un sociologue »
Question: « Si on peut comprendre le fédéralisme américain, et l’autonomie des gouverneurs (vu l’énormité du territoire et de la population), pourquoi, en Europe, l’infiniment petit, au lieu de se regrouper pour peser plus -comme cela se fait en économie pour les entreprises-, recherche au contraire la division et la complexité ? Pour "faire comme les grands ?" Pour "faire sérieux" ? »
Ma réponse: « Les entreprises multinationales, en premiers, ont compris l'avantage d'une Europe unie, d'un monde uni. Elles se jouent des frontières. Pourquoi? Silence...finances...on tourne. La finance aurait-elle ses raisons que la politique ne connaît pas? Retard d'une guerre? Peut-être. Mais la politique, ceux d’en bas, n’ont pas ressenti les effets sociaux bénéfiques qui étaient avancés pour allécher les acteurs. Le particularisme est visé aujourd'hui. On regarde dans son assiette et plus dans la soupière. "La Libre Belgique" écrivait aussi "La fin de la Belgique, une fiction?" après le coup d'éclat de la RTBF de décembre. Pourtant, nous vivons un ensemble d’attaques venant d’ailleurs. Je ne préciserai pas, mais tout le monde a compris. Alors travailler dans la miniature, ça ne va (mal)heureusement plus. David contre Goliath, c’est une légende pour faire rêver. Il faudra s'y faire ou disparaître. »
Le décor est planté.
Quant au tempo, comment trouver meilleur moment pour parler d'un pays que lors de sa fête nationale, qui a eu lieu ce 21 juillet? En point d'orgue, on l'avait annoncée avec la pluie, la drache nationale, comme on dit chez nous. Ce fut tout le contraire. Présage? Un monde de centaines de milliers de personnes était au rendez-vous et apparemment contents d'y être.
La Belgique reste encore une énigme pour pas mal de Français et pas mal d'autres d'ailleurs qui sont venus nous voir à domicile pour se rendre compte sur pièce de la manière « bizarre » de nous comporter en diverses communautés complètement différentes de conception.
Avant d'être Belgique, le territoire a été le couloir de passage et d'invasion de pas mal de peuples d'Europe et d'ailleurs. Ce qui a constitué une richesse incontestable malgré elle. On le reconnaît maintenant. Ce sang mêlé peut se découvrir dans les noms des habitants et à certains mots restés dans le langage de la rue. L'ouverture vers l'extérieur existe peut-être plus qu'ailleurs.
Plus proche, trois langues officielles et plus encore par l'intégration de l'Union Européenne et de l'immigration plus lointaine encore. L'une, nordiste, le flamand, dialecte du néerlandais aux consonances germaniques, l'autre, sudiste et francophone et une dernière, enfin, qui pratique la langue germanique à fond. Au milieu, Bruxelles qui se mélange les pinceaux de toutes origines.
Je me souviens d'un de mes chefs Hollandais qui me disait de manière amusée que le Néerlandais était un dialecte de l'Allemand (ou vice-versa).
Après les dernières élections de juin 2007, nous sommes donc en pleine négociation pour la constitution d'un nouveau gouvernement. En affaires courantes, en période de crise, diraient certains.
Le Fédéralisme qui se chercherait une nouvelle étape vers une ségrégation plus effective. Les nerfs sont à vif relatés par la presse pour faire mousser une situation qui s'éternise à leurs yeux. Chaque jour, un accord précède ou suit un désaccord.
Des dossiers restent ouverts depuis longtemps et font mal. BHV, réforme de l'Etat.
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7 assemblées parlementaires, 6 gouvernements, 10 provinces, 3 régions, 3 communautés, 589 communes, voilà la Belgique politique pour seulement 32 545 kilomètres carré et moins de 10,5 millions d'habitants. Partagée en nationalisme flamand, régionalisme wallon et « belgitude » bruxelloise. Véritable échafaudage institutionnel qui n'est évidemment pas gratuit. Cela fait du monde au balcon et dans les tribunes...et dur, dur, d'être Belge?
Le suffrage universel obligatoire à la proportionnelle ne donne pas les mêmes chances de refermer le problème de la formation d'un gouvernement aussi rapidement qu'en France. Deux tiers des votes sont nécessaires pour former celui-ci.
Cette fois encore, informateur (Didier Reynders), modérateur (Jean-Luc Dehaen) ou démineur, formateurs (Yves Leterme) se succèderont à la table des négociations. La patate chaude en forme de quadrature du cercle, se passe de main en main.
Accrochons-nous car la tempête va souffler!
Alors, on s'installe dans la discussion dans le meilleur cadre possible, le prieuré de Val-Duchesse, à l'orée de la Forêt de Soignes. "On travaille pour réussir", dit-on... On compte surtout les points en relation avec les programmes et les promesses devant l'électorat.
Sera-ce "Belgium, twelve points"? Le suspense continue.
La dernière gaffe du futur premier ministre, formateur, qui chantait la Marseillaise au lieu de la l'hymne de la Belgique, la Brabançonne, n'est qu'une des péripéties, piège banal d'un journaliste pour les uns, énormité inadmissible pour les autres.
Il faut bien le dire, les paroles de cette Brabançonne ont évolué de nombreuses fois dans l'histoire depuis celle de Jenneval. Le côté révolutionnaire des débuts était totalement obsolète. Des mots comme « esclavage » par exemple n'avaient plus de sens aujourd'hui. Des alexandrins de début qui se sont mués en vers à dix pieds, rendent la chanson difficile. L'air, lui n'a pas changé. Entonner un « la-la-la » ajusté aurait donc été plus judicieux ou une présentation humoristique sous forme d'Alzheimer notoire. Résultat, une nouvelle méfiance vis-à-vis d'une possible communion bien digérée.
Le confédéralisme sans séparatisme est le but avoué du côté Nord. Comme corollaire, se marier, oui, mais sans bague au doigt de mariage... et quelques casseroles derrière le cortège des voitures.
Cette fois, croisée des chemins qui précède un grand tournant? Serait-ce « Te veel is te veel » ou « Trop, c'est trop » ? Tous poussent, en apparence, pour le contraire.
Je prends à dessin le site de la Flandres on line d'aujourd'hui pour présenter la situation. Le site est en grande ligne vrai en substance mais évidemment dirigé vers des idées politiciennes de l'actualité plus flamandes de conception qu'à la recherche d'une Belgique unifiée.
Les télévisions du Nord et du Sud n'ont reçu que récemment une incitation à parler avec un langage commun et un partage d'informations.
Le discours du Roi se voulait encore plus intégrateur et rassembleur que d'habitude, pas nécessairement comme le disait un des commentateur français pour tenir sa place, mais aussi dans d'autres buts plus importants. Le Roi règne mais ne gouverne pas. Sans pouvoir réel sinon de conseil avec rôle de signataire des lois votées par le gouvernement. Le devoir de réserve n'est pas un vain mot et son successeur en a fait les frais.
Notre image de marque belge n'est pas vraiment à rechercher dans Wallonie ou Flandre expos. La petitesse de ce pays ne justifie pas plus de ségrégation. Une séparation de fait ne se marie pas avec les réalités du terrain et de l'Europe en formation.
Bruxelles, en plus de capitale de la Belgique, est la capitale de l'Europe. Elle a été adoptée sans aucun référendum comme capitale de la Flandre. Personne n'en aurait cure et pourtant. Bruxelles (« Air de Bruxelles, Bruxellairs »), entourée de la Communauté flamande, ne vit pas à l'heure flamande mais avec un fort pourcentage de sa population d'expression française. Elle n'appartient pas plus à la Wallonie, d'ailleurs. Elle est une entité séparée à part entière. Géographiquement, la ville fait désordre. De plus, les autochtones ont été depuis longtemps accompagnés d'allochtones de toutes origines de l'Europe. On pourrait dire que c'est la ville européenne par excellence. Donc, faux problème? Pas de problèmes insurmontables à la suite d'une immigration de toutes formes (« Europe irisée »). La Communauté Européenne a attiré de nouvelles langues et un melting pot s'imposera naturellement avec de l'organisation.
La détermination à réaliser l'union dans la diversité se retrouve dans le pourcentage de seulement 13% de nos concitoyens qui expriment parfois bruyamment que la séparation est la solution à tous les maux du pays. Des preuves partisanes inverses font partie du concert.
Le 13 décembre 2006, coup de théâtre, voilà le faux Journal Télévisé qui fait annonce de manière très vraisemblable la séparation de la Belgique et de la prise du pouvoir dans le Nord du pays. Cette élection sentait le souffre après cela et après une ruade de la justice qui forçait de trouver une solution pour le problème BHV (Bruxelles, Halle, Vilvoorde). L'« Onde de choc » de la RTBF a été totale et diversement appréciée. La constitution réglée à la proportionnelle et non pas avec une vue à moitié-moitié comme commence à l'imaginer la France.
Cela prend du temps pour créer un gouvernement à chaque fois, surtout que les problèmes litigieux sont généralement repoussés pour l'occasion d'après élections. Mais cela n'a jamais empêché à créer la coalition qui se greffe le mieux possible avec les résultats d'élections. En 1930, pas moins de 6 formateurs se sont succédés.
Faut pas rêver: les problèmes sont de taille. Bizarrement, ils pourraient d'ailleurs être complémentaires.
Des clichés au niveau emploi entre Nord et Sud existent. Le chômage des jeunes pourrait très bien trouver preneur dans le Nord. L'inverse est vrai pour les travailleurs plus âgé dans le Nord qui pourraient faire valoir leur expérience dans le Sud. Le vieillissement des Flamands plus important sera à financer. Des échanges donc, pour résoudre les problèmes d'emplois? L'Echo du 4/10/2006 remarquait déjà le phénomène et titrait "Quand les employeurs se regroupent pour partager les salariers". La sécurité sociale a été conçue pour la solidarité, pas pour l'aparté.
Mais retournons, dans cette histoire particulière très riche d'enseignement.
Plus d'autonomies pour arranger les choses? Un fédéralisme coopératif?
Cinquante jours pour former un gouvernement en moyenne. On dépasse donc la moyenne et les choses sérieuses n'ont pas encore été abordées.
La situation actuelle est particulière. Les dernières élections ont amené l'idée d'une coalition Orange Bleue mais avec des acteurs qui n'ont pas les mêmes buts de chaque côté de la frontière linguistique et cela même dans un même parti centriste. Du temps et encore du temps est nécessaire.
Le "Vif L’Express" se pose même la question « Et, si Leterme «échouait? ». La personnalité du futur premier ministre qui a récolté du côté flamand 800.000 voix de préférence ne correspondrait pas à ce que le pays pourrait attendre d'un homme rassembleur. Un mépris des journalistes, une absence de compromis, un manque d'humour, cassant, un esprit brouillon sont les reproches principaux. Les phrases assassines contre les francophones accusés d'incapacité d'apprendre la seconde langue. Pourtant, mi flamand, mi wallon, comment aurait-on pu espérer meilleur candidat médiateur et conciliateur bien belge? Donc, voilà une nouvelle blague belge, probablement?
Quand, on n'aime pas les histoires belges, cela pourrait être un chant du cygne. Quand la Flandre arrive avant tout autre chose avec un CD&V accoquiné au N-VA séparatiste, il y a problème. Situation explosive s'il en est. Véritable crise, crise de personnalité ou de départ?
Même, le budget a passé la rampe de l'accord malgré l'équilibre rompu sans précédent depuis quelques années (déficit de 0,2%). Le journal l'Echo osait ce 7 août lancer un autre pavé dans la mare en titrant "Il n'existe pas d'Etat confédéral" inscrit dans le programme de la Flandre (selon Hugues Dumont, professeur en droit constitutionnel à Saint-Louis). Une confédération est une association d'Etats qui restent indépendants et souverains tout en gérant ensemble un certain nombre de matières avec pour guide un traité internationnal et non pas une constitution. Ce qui veut dire que ce qui est préconisé en Flandre n'est pas réalisable juridiquement.
Même la Suisse n'est plus une confédération depuis le XIXème siècle. Ses cantons n'ont pas de souveraineté. C'est un Etat fédéral à part entière. L'Allemagne l'était avant Bismarck. Les Etats-Unis au début de son existence. Politiquement, la volonté flamande est de créer un Etat avec des compétences résiduelles reviennent aux Régions et aux Communautés avec une autonomie fiscale et aussi une ré-écriture de la Constitution belge. Retour vers deux grands blocs avec Bruxelles et la Communauté germanophone sous tutelle, réduite d'autant dans ses marges de manoeuvre. En résumé, un Etat fédéral qui ne sonnerait plus que comme une coquille vide.
Autre proposition sortie du chapeau "Fédération de coopérations". Les finances au secours du communautaire.
La politique, c'est comme la guerre. La paix suit toujours et on continuera à gouverner coute que coute avec le « Parler Belge », ce compromis, cette spécificité très particulière.
Vous avez raison, Français, nous sommes difficiles à cerner... La preuve ici.
Alors, vite un demi ou une Chimay Bleue, mon frère, « mijn broer » car, on a si soif, « we hebben zo dorst ».
Julius Caesar disait de nous: « Horum omnium fortissimi sunt Belgae ».
Que l'on pourrait traduire en extrapolant par l'"Union fait la force".
Tiens, c'est justement notre devise !
L'enfoiré,
Site intéressant en provenance du Québec sur l'origine des langues parlées en Belgique.
"Le divorce avec la Flandre, entre utopie et réalisme"
Citations:
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« Plus vieux est le bouc, plus dure est sa corne. », Proverbe belge
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« Que celui qui n'est pas content de son voisin recule sa maison. », Proverbe belge
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« Les anges ne croient au diable que quand ils ont reçu un coup de cornes. », Proverbe belge
PS. Mes remerciements à Kroll et les autres caricaturistes du Soir et de l'Echo.
Et la voix du peuple d'ici et d'ailleurs, sur Agoravox, qu'est-ce qu'on en dit?
Des images de la fête nationale pour remonter le moral, non peut-être?
Des bouquins qui parlent de la situation actuelle:
« Incurable mal Belge » de Jules Gheude
« Belgique, où vas-tu? » de Pierre-Yves Monette
« La vie est belge » de Jan Bucquoy iconoclaste, subversif qui voit « La paradis, là maintenant et tout de suite »
« L'Espace Wallonie-Bruxelles. Voyage au bout de la Belgique » de Benoit Bayenet
Suites du "thriller de l'été", la version belge du "Torchon brûle" :
"Les flammes de la loque à reloqueter"
7 août: "On s'approche de la crise"
8 août: "Une nouvelle note du formateur"
9 août: En mal d'organisation
10 août: La question et chassé-croisé
14 aoùt: "V'là un sphynx en sus" et qui ne fait pas d'ombre. Faudra que le soleil soit très haut pour cela.
16-août: "La réponse de la bergère au berger"
17-août": "Les parfums de la Duchesse sont ils sèches, archi-sèche"
18-août": "Ouf : Nous sommes arrivés à la case... de départ. Au rapport... au roi" "Quand la musique est bonne...."









